Je ne vais pas vous parler du charme ou de la chaleur de l’accueil lors de notre voyage au Maroc. Non, un peu de décence, des milliers de personnes dormiront encore dehors ce soir. La simple évocation de ce fait multiplie par cent la violence des -8 degrés qui viennent subitement de saisir Paris. Comme s’il n’était pas déjà assez difficile de rester droit, de rester enthousiaste devant cette drôle d’année qui commence, si lente, incertaine, pleine de ces mauvais petits rebondissements qui nous demandent tout à coup un effort surhumain pour les surmonter… Et voilà qu’à présent, le froid se met à nous attaquer… La fin du monde se présenterait-elle, comme l’abolition totale de l’once de sérénité qu’il nous restait ? Nous craignons le chaos et faisons semblant de croire qu’il n’a pas encore commencé. Nous croyons encore, par exemple, que voter changera quelque chose…
Je ne vais pas vous parler du magnifique patio, cœur central du Riad, où notre mariage devrait, un jour, se réaliser, ni de la couleur rouge de la terre qui maquille les pieds de l’Atlas. Non, un peu de décence, beaucoup seront prêts à se damner ce soir pour un simple petit mètre carré dans un gymnase chauffé. Quelle est la Une des journaux aujourd’hui ? Hollande s’est fait « enfariné » lors d’un meeting ? L’heure est grave… Même les chauffeurs de taxis ne cessent de « parler politique », c’est-à-dire spéculer, parier, analyser, pour enfin conclure qu’il est vraiment trop dur de savoir lequel du trio de tête sera le moins pire… Vive la démocratie. Mais au moins, dans leur voiture, il fait chaud. Je peux encore goûter à ce luxe-là. Un luxe qui me met mal à l’aise quand je jette un coup d’œil furtif au-dessous des jolis ponts illuminés qui surplombent la Seine.
Je ne vais pas vous parler non plus de l’énergie si particulière de la petite ville de Taroudant, à une heure seulement d’Agadir. La profondeur du regard des gens, la façon dont ils nous observent, avec ce qui ressemble à un brin de compassion. Nous sommes passés pour beaucoup de « l’américain tirelire » au « pauvre européen… ». Ils n’osent plus rien demander au couple un peu bobo que nous sommes, ils se contentent de nous dire bonjour, un peu gênés. Là-bas personne ne meurt de faim, de soif ou de froid. Dans ce petit oasis un peu reculé de la civilisation agitée, les habitants ont su conserver l’essence de la solidarité. N’entendez pas par là qu’ils ont monté une association de « malchanteurs » dans la veine des Enfoirés ! Non… L’humain passe avant tout autre principe. On ne laisse pas l’un des nôtres coucher dehors.
Alors au fond, tout ce que j’ai envie de vous dire n’est pas très gai… C’est sans doute pour cette raison que j’ai moins écrit ces derniers temps, j’ai l’impression d’être un petit Pac-Man qui passe toute son énergie à courir pour ne pas se faire bouffer. Ça donne des lumbagos et ça épuise. Mais non, je n’ai pas le droit de me plaindre, un peu de décence tout de même ! Ce soir, des milliers de personnes resteront pétrifiées et immobilisée par le froid, au moment même où des milliers de nos petits foyers bourgeois monteront la température de leur chauffage. Je ne sais donc pas si « le pire » reste à venir…


Derniers Commentaires