Comme des milliards d’autres personnes, je cherche le sens. L’essence.
On est là, on s’agite, on consomme, on dort, on se mélange, on rêve, mais dans quel but ?
La vie est faite de chassés-croisés, de cycles, de coïncidences. On aime, on quitte, on se relève, on repart. On se découvre des intérêts, des passions furtives, on se découvre soi-même aussi, au fil du temps. Et comme tout bon être humain, on évite de penser à notre inéluctable fin. Pour ne pas devenir fou. La mort est comme l’immensité de l’univers, elle est inassimilable.
Le problème, c’est que l’on ne prend pas conscience de l’éphémérité de notre entourage. Un chien, une fleur, un ami. On les pense éternels et on les traite comme tels. On ne rappelle pas tout de suite, ce n’est pas grave, on attendra d’avoir le temps. Mais lui, attendra-t-il ? On jongle, on jongle avec des sentiments, comme on jongle avec des tâches déplaisantes que l’on repousse à plus tard. On sait au fond qu’il faudrait plus d’implication, de constance, mais les jours qui passent nous aspirent dans nos propres tourmentes et entachent notre discernement. D’abord on fait les courses, on prépare le repas, on couche les enfants et on rappellera plus tard cet ami qui a besoin de nous. Et puis on oublie, mais c’est notre ami, il comprendra.
Et puis un jour, on sombre, on essaye de se raccrocher à nos maigres branches, mais personne n’identifie la violence de notre chute. En face de nous, on trouve une attitude incompréhensible de la part de ceux qu’on aime : une mauvaise estimation du danger. C’est pas grave, c’est notre amie, elle comprendra.
Quelques fois aussi, on ressent comme un voile, un nuage noir dans les yeux de nos proches et quelques fois alors , on ose s’impliquer. Réminiscence soudaine de la peur de perdre et au fond, l’investissement dont on fait preuve à ce moment là ne vient que rassurer notre égo. Je suis une bonne personne, j’ai tendu la main. Mais a-t-on seulement conscience que c’est peut-être la dernière fois qu’on en aura l’occasion ?
Ce matin j’ai parlé à mon père au téléphone. Ca fait plus d’un an qu’on ne se parlait plus vraiment. Problèmes de compréhension, de tensions, de temps, de conneries. On s’est parlé comme avant, à l’époque où notre amour était tellement fort qu’on l’entretenait comme un feu de cheminée. Chacun remettait du bois et la flamme restait vive. Et un jour, je ne sais pas vraiment pourquoi, comment, on est parti chacun de notre côté pour s’affairer à l’entretien d’autres bûches incandescentes et on ne s’est plus compris. Nous savions tous les deux que ce n’était qu’une question de temps avant de se retrouver, mais pour le coup, nous avons joué avec ce feu et nous avons risqué de retrouver un foyer vide lors de notre retour vers l’autre.
En discutant avec mes amis suisses, de passage à Paris, en écoutant leurs ambitions littéraires et leurs priorités centrées sur l’aboutissement de leur art, j’ai eu l‘impression qu’il ne menaient pas leurs combats sur la bonne route. Cette route que j’ai toujours essayer de suivre, avec son lot d’accidents et de pannes, cette route qui a toujours guidée mes choix, mes coups de gueules et mes objectifs, cette route qui m’a toujours été suggérée à l’oreille comme un évidence, celle-là même qui mène au véritable amour, sous toutes ses formes.
Alors on est là, on s’agite, on consomme, on dort, on se mélange, on rêve, mais n’oublions-nous pas l’essentiel ? Le sens. L’essence…

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