Samedi 5 novembre 2011
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Excusez-moi, mais l’article qui suit est un article de rien du tout. Si ce n’est que je l’ai écrit pour vous. Sans vous, j’écris pour rien. Comme disait Françoise Sagan, on écrit toujours en
pensant à une ou deux personnes en particulier. Moi j’écris pour vous. Pas de léchages de pompes. Sans vous, ces mots ne sont que des lettres posées sur un écran blanc. Comme l’hiver. L’hiver ne
sert à rien.
C à vous
Première fois que je regarde cette émission sur France 5 depuis le décès de leur cuisinière Muriel Salmon, victime d’un AVC il y a quelques jours. Concept simple, une
animatrice : Alessandra Sublet et quelques chroniqueurs reçoivent une célébrité à dîner autour d’une table conviviale, tout en dégustant des plats préparés en
direct.
J’imagine.
Gérer ses émotions d’être humain devant des milliers de téléspectateurs guettant des signes évidents de deuil.
Peut-être que je suis un peu tordue de penser à ces choses-là. Je me demande simplement si je serais capable de laisser la télévision faire fi de mes peines.
Lumière rouge sur la caméra, juste un sourd ronronnement des machines sur le plateau, dernières retouches maquillage. Il faut sourire. Il faut sourire.
5…4…3…2…1… « Bonsoir à tous ! ».
Lumière rouge occultée, rouge aux lèvres sublimé. Bruit sourd des machines, par la musique, effacé. Sourire enclenché. Que la grande comédie du petit écran commence !
Je suis admirative des personnes capables de manger avec une paisible apparence, tout en parlant dans une fausse ambiance d’intimité. Sans baver partout.
Ils parlent, en cuisinant et en débattant sur les bonnes moules qui s’ouvrent facilement et les autres. Rires gras. Comme en cours de sciences naturelles, au collège. Sauf que
nous n’y sommes plus. Mais si on n’a pas trop le cafard, on rit alors de bon cœur avec eux, ça exulte.
La présentatrice porte un T-shirt blanc avec Blanche Neige dessinée aléatoirement dessus et qui de sa main droite lui touche le sein gauche. Ça va bien avec les moules qui s’ouvrent. J’hésite à
trouver ça joli.
Mon dieu. Fanny Ardant débarque. Elle a l’air défoncée. Je ne sais pas si je trouve ce constat triste. Elle est une muse pour beaucoup : hier Vincent Delherm, aujourd’hui
Mika… Marylin aussi était une muse planétaire.
L’arrière, arrière-grand-père de DSK tenait une maison close et a fini sa vie dans un bagne d’après les dires d’un des invités de l’émission. Je ne sais pas là non plus ce que j’en pense, si je
dois en rire, en pensant que c’est génétique.
J’aime bien rire de petites choses. D’un ami qui parle avec enthousiasme et me postillonne dessus par inadvertance. Private joke. De quelqu’un qui me ment sans savoir que je le sais. Sad joke
Ça me fait rire, mais c’est nerveux. Du chef des coursiers avec lesquels je travaille qui m’offre un rendement minimum de deux fous rires par jour et qui vient de faire
connaissance avec une tumeur maligne dans son nez. No joke.
Fanny dit qu’elle a appris à jouer d’un instrument de musique pour ne plus penser. Mika l’a quand même choisi dans le rôle de mère pour son clip « Elle me dit ». Lui, il a dû un peu
cogiter sur son complexe d’Oedipe et autres fantasmes. Mais comme il joue le rôle du mec barré, on ne s’arrête pas sur ces détails. On se dit qu’il est fun, mais pas du tout
comme nous. Peut-être qu’au fond, nous ne sommes pas aussi « fun ! » qu’on le pense.
Parfois j’écris dans des forums, je participe à des conversations et j’y trouve tant de haine. Des pauvres gens cachés derrière des pseudos glorieux qui n’ont trouvé que cet espace d’expression
pour se vider de leur fiel, sur les articles des uns et des autres. Ils ne savent voir que l’ombre des choses, ils ne cherchent que leurs propres fantômes et vomissent leur peine pour tenter de
les expulser une bonne fois pour toute. Et appuyer sur « reset ».
Mais ça ne marche pas comme ça, le mal n’attire que son semblable. Il ne partira jamais de lui-même.
Excusez-moi, mais l’article que je suis en train d’écrire, est un article de rien du tout. Un que l’on oublie parmi tant d’autres.
Le bonheur me submerge, c’est si inhabituel. Comme la chaleur controversée d’un manteau de fourrure sur la peau nue. Je ne sais pas quelle sensation cela procure, la première fois. Pense-t-on à
l’animal, comme on nous a tant répété de le faire ? Il ne me semble pas que la peau de bête soit une matière si moderne.
Le bonheur m’enserre de plaisir pour éviter que je ne m’enfuie, par peur de perdre. Mais que le bonheur se rassure, je l’enserre aussi.
Il est temps de couper l’interrupteur qui me relie au stress de mon travail, ce travail qui me ralentit et m’abêtit. Je dois être souriante et servile tout au long de la journée, comme si je
jouais un petit rôle dans une petite pièce de boulevard parisienne. Un rôle mal payé. Un rôle que l’on adopte comme une seconde peau. Pour survivre.
Oui, j’éteins. La télévision. Les lumières. Les bougies. Mon cerveau. L’ordinateur.
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