Il y a de l’eau dans le gaz.
Quoique…le gaz se fait cher et l’eau rare. C’est donc sans doute une chance unique pour notre planète bleue que d’avoir de l’eau dans le gaz. Une dernière immersion dans le luxe, un dernier sentiment de supériorité envers les éléments et ce qu’il reste de notre nature. Dernier privilège des trois A. Loin, bien loin de l’Altruisme, de l’Allégresse et de l’Amour. Plus près de l’Avarie, de l’Avarice et de l’Avalanche. Amputez-nous donc d’un A, il en restera toujours deux de trop.
Oui ça sent le sapin, mais pas vraiment celui de Noël. Ça sent la peur et l'incertitude, jusqu'aux illuminations des Champs- Élysées. Un bleu timide, évasif, il faut bien respecter le dictat du calendrier, mais les parisiens ne sont pas à la fête.
Je suis allée voir les vitrines du boulevard Haussmann. Des dizaines de badauds amassés, tenant à bout de bras des enfants blasés, simplement témoins de vieux pantins gesticulant dans une mare de LEDs aux reflets pastel. Bien peu pour les faire rêver à l'ère d'Internet et des jeux vidéo. Les flics encerclant ce petit public non plus ne font pas rêver. On dit « foule », on pense « pickpocket », on dit « Noël » on pense « cadeaux, dépenses, crédits... ». On dit « magie » et on ne pense à rien, juste à l’anagramme d’ «image » sur le reflet des vitrines. On ne peut pas blâmer nos enfants incrédules de ne plus s'émerveiller devant un père Noël intermittent...
Et on dit: « C’est la CRISE !!! » on l'entend à toutes les sauces, plus ou moins épicées, plus ou moins caloriques et caricaturées. Les documentaires catastrophes se succèdent sur toutes les chaines, le français a faim, le français ne part plus en vacances mais se dore désormais la pilule sous des U.V artificiels, achetés au rabais chez Groupon. Le français est fauché comme un champ de blé brûlé par des actionnaires sournois, qui ont bouffé leur pouvoir d’achat en le mélangeant à des soupières pleines de caviar. Le français est fini, foutu, il n’y a pas plus d’avenir pour les jeunes, que les retraités ou les chômeurs, c’est la chute, the end, la lutte finale !
Alors expliquez-moi pourquoi près d’un mois après avoir fait part de ma démission, je n’arrive toujours pas à trouver une candidate compétente et enthousiaste pour me remplacer à l’accueil ? A part une dizaine lettres de motivations écrites en langage SMS et quelques entretiens téléphoniques où l’on me demande d’entrée si le travail n’est pas trop « fatiguant » et finalement que l’on m’annonce que les horaires (9h-17h30) vont être difficilement compatibles avec une vie de famille… je peine à croire qu’il n’y ait plus d’emplois en France, pas assez en tous cas pour vivre décemment.
Le français, en plus d'être un râleur internationalement reconnu est aussi un gros fainéant. Pour rester polie. Du coup, il ne fait même plus semblant d'être concerné lors d’un entretien d’embauche. C’est une chance pour l’employeur de l’avoir en face, pas le contraire. Le français minaude, se questionne, sourit mielleusement et calcule sans trop le dissimuler, les différents avantages sociaux proposés, contre les avantages des Assedic.
« C.D.I ? Pfffffff…. C’est long quand même… 35 heures ? Ne sont-ils pas à 32, 5 en Allemagne ?... Tickets restos ?... Ah…Parce qu’il n’y a pas de refectoooiiiirrrre ??? Ouais…c’est vrai que le quartier n’est pas mal, mais ça ne bouge pas trop par ici, noooonn ? J’vous ai fait envoyer mon C.V par ma secrétaire, vous l’avez bien reçu ? Parce que vous savez, les secrétaires, de nos jours… ». Véridique. Et je vous le rappelle, pour un poste d’hôtesse d’accueil.
Il y a de l’eau dans le gaz.
Et moi je n’arrive pas à partir de mon travail. Comme dans ces mauvais rêves où l’on veut courir, s’envoler même, mais où l’on reste enlisé.
Oui, les cauchemars hantent mes nuits. J’ai éclaté trop de bulles néfastes pour ne pas arriver à crever celle-là.
L’eau et le gaz ne font pas bon ménage. Le gaz finit toujours par s’échapper.
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