Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 12:10

dimanche mai pluvieu pourri blog dessin bd illustration1

 

Rien à faire, je n’aime pas les dimanches.

Tout semble ralenti, murmuré, comme une messe. Les enfants trépignent, ils veulent toujours, toujours s’amuser. Il fait gris, bien sûr, comme un dimanche idéal. Se laver, s’habiller, préparer à manger, il faut malgré tout répéter ces gestes quotidiens, alors que l’on rêve plus de pyjamas douillets que de gants en caoutchouc rose. Il faudrait vider la cave aussi. Trouver le courage de descendre dans ces petits couloirs voûtés, noirs et exigus, une torche vacillante à la main, allumer le petit réchaud qui agresse dès la première étincelle par ses émanations de gaz, se mettre à fouiller dans les cartons humides sans craindre que notre main tombe sur un gros rat ou autres intéressantes araignées, empiler nos trouvailles inutiles en se maudissant de ne pas, encore une fois, avoir pensé à apporter des sacs, perdre la moitié du tas amoncelé en vrac sur nos bras, à chaque marche qui nous ramène à la vie et passer une heure de plus à trouver un endroit pour ranger toutes les petites conséquences de notre subite envie de faire quelque chose de probant de notre journée. Comme remonter cette statuette de Lourdes qui finira ensevelie sous la poussière. A moins d’un miracle.

Non, rien à faire, je n’aime pas les dimanches.

Il faudrait monter cette fameuse bibliothèque aussi, depuis le temps ! Mes livres encore empilés dans des cartons commencent à ressembler à des éponges... Ce n’est pas que je lise beaucoup en ce moment, mais, évidemment, si la bibliothèque était « praticable » alors il faudrait toujours  me chercher derrière le dernier best-seller en vogue, pour me trouver. Non je ne suis pas de mauvaise foi ! Alors parlons plutôt de ce clic-clac quinquagénaire qui nous sert aussi accessoirement de hamac et que nous sommes censés changer depuis avoir subi un troisième blocage de dos en trois mois. Que fait-on ? On continue à le regarder chaque soir avec un air de condamnés à mort jusqu’à ce que la dernière latte ne rende l’âme ? Non, je ne suis pas du tout impatiente… Faudra aussi  vider le lave-vaisselle, regarder les devoirs des enfants, changer les draps, faire une machine, mettre au sèche-linge, repasser… Je commence à comprendre pourquoi certains préfèrent aller à l’église…

Puis le dimanche, c’était le jour où mon père nous ramenait chez ma mère. Où je restais cachée sous le siège de la voiture, en priant pour qu’on m'oublie. Et on m’oubliait souvent, mais jamais à ces moments-là…

Et très souvent, la fin de la journée arrive et on n’a rien fait. Rien du tout. On a mangé des sandwichs garnis de restes peu excitants, on ne s’est résigné à plier le clic-clac que vers 16 heures, c’est bientôt l’heure du dîner et nos enfants nous attendent pour réciter leur poésie et leurs leçons, le panier à linge vomit sur le plancher maculé de miettes, de chaussettes sales et de membres démantibulés d’une pauvre poupée, encore victime de l’ennui de sa propriétaire et de l’indigne conduite de ses parents… Il est 19 heures, il fait nuit et le pire… Le pire, c’est que demain c’est LUNDI…

Non, rien à faire. Je n’aime pas les lundis…

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 20:23

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La pluie tombe. Mais pas moi.

 

Je n’ai plus besoin de me plier en quatre, pour ne réussir ma vie qu’à moitié. J’ôte les minerves et autres objets emprisonnant l’émoi et la compassion. Un robot de moins dans le métro de 8h49….Ou celui de 9h13, tout dépend de la soirée de la veille. Seules consolations, les longues soirées, étendue sur le canapé, jonglant avec la Freebox pour essayer de suivre un film sans intérêt. En buvant un verre de Chablis, ou bien un Drappier bien frais, juste pour flatter mon égo, enorgueillit  de tenir dans ses mains de l’or en bulles. Manger des choses aussi, des tas de petites choses très caloriques, qui ne savent que panser un moment ce vide intérieur trop dense et qui nous donnent l’impression d’aller mieux. Jusqu’au prochain carré de chocolat…

 

Mais qu’importe, dehors la pluie tombe. Mais pas moi.

 

Demain sera mon dernier véritable jour dans la peau d’une hôtesse d’accueil. Je repasserai juste le 23 janvier, pour prendre mes derniers petits cartons, pleins de mes petites affaires de ce grand bureau. Un costume de plus qui disparaitra dans mon grenier imaginaire. Ou une peau de moins pour affronter la lenteur de l’hiver. Je regarderai chaque petit détail avec une nouvelle attention, je m’imprégnerai de tous ces derniers sourires qui m’ont accompagnée ces trois dernières années. Je caresserai la machine à Nespresso du bout des doigts… Adieu sensuel en perspective… Et je dirai mes derniers centaines de « Bonjour » et de « Merci de même, passez une bonne journée ! », « les toilettes se trouvent en haut des escaliers à gauche. The toilets are on the top of the stairs and on the left. You’re welcome. Have a nice day now!”, “Vous préférez un court ou un long? Oui, oui, je parle bien du café…”, « Je suis désolée, mais je n’arrive pas à les joindre… Oui, je l’entends bien, vous êtes très énervé… », «Ah bon ? C’est encore la période des salons et tous les hôtels dans le quartier sont complets ?! Mais comment vais-je annoncer ça à mon P.D.G?! Ok, chacun son problème…», « si, si, je t’assure, ça fait bien trois ans que le facteur passe exactement à 14h30, non, non, il ne vient pas subitement d’en faire qu’à sa tête et non, je ne peux pas quitter l’accueil pour aller poster ta lettre… »… Enfin…tous ces petits plaisirs de la vie…

 

Et je refermerai la porte.

 

J’oublierai le code.

 

Je le rangerai à côté de tous les autres costumes et de tous les autres codes, dans mon grenier croulant sous le poids de déjà trop de vestiges.

 

Et un jour, un jour prochain, quand le printemps arrivera, juste avant que mon futur époux ne me mette La Bague au doigt, (sur cette main aux ongles qui ne seront plus rongés, mais beaux et vernis d’un rose pâle), juste avant qu’il ne passe son bras autour de ma taille de bourdon devenue guêpe (grâce à l’unique « Dieu Dukan »), juste avant encore qu’il n’embrasse ma bouche extraordinairement fraiche car elle n’inhalera plus  jamais de tabac ( grâce à son nouvel ami Champix), à ce moment-là, je pense qu’il sera temps de faire un grand, grand ménage…

 

    Oui, ce jour-là, la pluie pourra toujours tomber. Mais pas moi.

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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 14:59

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Se nourrir de clopes et de café pendant une semaine, ça finit par donner des idées bizarres… Des idées d’hibernation, accompagnées d’une pointe d’agoraphobie.

 

Mes amis, grande nouvelle, roulement de tambour et jeté de serpentins : je viens de commencer mon livre !!! Vingt et une pages de transe  " nicotinées " et "caféinées ". Les heures qui défilent, les doigts qui glissent de plus en plus vite sur le clavier, des centaines de phrases qui semblent m’être dictées par mon subconscient. Ou autre chose… Le bonheur de créer, malgré les doutes, malgré la pression maladive que je m’inflige, parce que je ne sais plus travailler autrement.

 

Fait-il beau dehors ? Les illuminations au rabais tremblent-elles encore dans la nuit, sous la violence des bourrasques? Les transports en commun se sont-ils vidés le temps des vacances ? Les enfants sont-ils heureux des offrandes du Père-Noël ? Impossible de le savoir. Les rideaux clos, les yeux rivés sur l’écran de ce magnifique ordinateur rose bonbon que je me suis offerte pour m’accompagner agréablement durant mon écriture, je vis comme un ermite. Car il ne faut pas négliger ce petit bout de plastique intelligent. Avec lui, je vais passer des nuits blanches et des jours gris. Peut-être sera-t-il même témoin de quelques larmes de découragement ? Il s’agit tout de même d’une relation très intime que j’essaye de ne pas imposer à mon futur mari, de peur qu’ils se ne mettent à s’embrouiller tous les deux. C’est délicat, vous comprenez ?

 

Pourtant, lundi, il me faudra reprendre la route du travail et prier aussi, pour avoir le soulagement de décrocher enfin ce fameux sésame : la rupture conventionnelle ! Car vous l’avez compris, ma tête est bien loin de ce poste d’hôtesse d’accueil. A des années-lumière. Que-dis-je ?... Dans une autre vie.

 

Mais j’ai serré les dents. Pendant presque trois ans. J’ai fait, toujours avec le sourire, des centaines et des centaines de cafés, que j’ai portés dans les salles de réunion avec une visible expérience du service à table. Merci à mes pénibles années de restauration ou un des cuisiniers adorait me balancer : « Allez la Piaf, tu bouges ton cul ?! ». J’ai appris des centaines de lignes directes. Qui changeaient toutes les semaines à cause du récent turn-over, mais j’ai pu bénéficier  d’une formidable formation auprès de Pascal Sevran, qui adorait m’appeler la veille d’une émission, vers 21H, pour me demander d’apprendre une chanson à texte bien balaise pour le lendemain. J’ai fait moi-même la vaisselle de toutes les tasses à café que j’ai servi, nettoyé mon bureau et la salle d’affranchissement, mais toujours avec la même rigueur et le même professionnalisme que lorsque je m’occupais d’une douzaine de suites par jour, du temps où j’étais femme de chambre à Londres. J'ai monté d'innombrables cartons dans les différents services, forte des mucles gagnés par les heures passées au marché, au rayon fruits et légumes. J’ai pris des dizaines de commerciales dans mes bras qui craquaient sous la pression, je les ai écouté, consolé et je suis toujours restée une tombe. Mais heureusement, mes années de maquilleuse m’ont apprise à développer un sens de l’écoute et de la pédagogie. J’ai rempli et envoyé des centaines de demandes de visas, pour l’Inde, la Chine, la Russie et le Vietnam. Heureusement, mes années de mère célibataire m’ont apprise à devenir très organisée et efficace dans le classement des divers papiers administratifs et le remplissage de formulaires. Beaucoup m’ont traitée comme une sous-merde en me regardant de haut, perchées sur leurs échasses Lou Boutin. Heureusement, la vie s’était chargée bien des fois de m’y préparer…

 

Mais maintenant que j’essaye de faire un véritable bilan objectif et positif de ces trois dernières années, je me demande bien ce que j’ai pu apprendre que je ne savais pas déjà. Mes limites sans doute, elles ont été tellement dépassées qu’elles ont avalées mon orgueil. Et je ne pense pas que ce soit une si bonne chose. Quand des gens vous traitent en permanence comme la dernière roue du carrosse, il est très difficile de se reconstruire une couverture de dignité lorsque l’on passe la porte de son travail à 17h30. Il reste forcément des séquelles qui poussent inconsciemment à se dévaloriser.

 

« Si l’on était quelqu’un de valeur, peut-on penser, on nous parlerait avec davantage de respect, c’est certain… ».

 

Alors, au bout d’un moment, on perd de son éclat. On devient l’image que l’on peut lire dans les yeux des autres. Une moins que rien. Pourtant, comme j’aurais aimé leur dire que derrière cette allure de plante verte défraîchie, il y avait aussi une artiste qui sommeillait, quelqu’un qui a voyagé, qui a lu des tonnes de livres, qui a fait du théâtre, du football, des concerts… Mais on ne mélange pas les cadres avec les souillons. A la fin, si on reste, si on se résigne, je crois que l’on commence à mourir à petits feux…

 

Je crois que ce qu’il me faut retenir, surtout, c’est qu’il ne tient qu’à moi de me battre pour ne plus jamais me retrouver derrière un standard.

 

Mais assez parlé de moi, bien que ce soit l’un de mes sujets favori !

 

Dans quelques jours, nous rentrerons ensemble dans une nouvelle année, avec son lot de bonnes résolutions et de prières pour des jours meilleurs. Certains annoncent que ce sera la dernière de l’humanité. Voilà qui va bien occuper nos médias pendant 365 jours… Mais tout de même, ça donne un petit goût de plus d’éphémère dans nos vies, il est parfois bon de se rappeler qu’elles ne sont pas si longues…

 

Je voudrais donc vous souhaiter une année riche en belles émotions, un apaisement des éventuels conflits familiaux que vous pouvez subir, une santé de fer, à vous et vos proches, une prise de conscience de la chance que nous avons de jouer cette partie où il n’y a pas de « quitte ou double » et enfin de trouver la force de déplacer vos priorités dictées, en grande partie, par des pressions médiatiques et ainsi de vous concentrer sur l’amour que vous pouvez propager autour de vous, plutôt que de courber l’échine en permanence pour arriver à trouver des solutions pour payer vos dettes. Le bonheur est aussi simple qu’un sourire gratuit. Aussi facile que de tenir la porte à un inconnu ou d’aider une maman qui galère dans le métro avec sa poussette. Aussi accessible que de proposer de partager un repas avec une collègue qui traverse une période difficile. Et même si tous ces exemples que je cite ne sont que des lieux communs, je peux vous promettre que si vous vous forcez à maintenir votre bonne humeur, vous serez chaque jour récompensés.

 

Sur ces mots, je vous souhaite une très belle visite et entrée dans cette année 2012 !!!

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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 14:03

DSC00390 (2) Photo d'Emilie, 6 ans

 

Et au petit matin, posé à côté de mes minuscules chaussons fourrés, je vis soudain un amoncellement de cadeaux au papier brillant et coloré, avec  mon nom écrit en gros dessus. Le Père Noël avait quand même réussi à trouver sa route à travers les fentes de nos radiateurs.

 

La vie avait donc des moments de grâce, de relâche, car, même à la télé, Yves Mourousi n’annonçait que de bonnes nouvelles. Et moi, j’avais eu le super cadeau trop génial que j’avais écrit sur ma liste.

 

Dehors il neigeait, mes parents s’enlaçaient tendrement et je crus à cet instant que ma vie serait à jamais ponctuée de ces mêmes joies paisibles et rassurantes. Juste au pied du sapin. J’ai cru que la vie serait aussi douce que cette matinée de Noël.

 

Puis j’ai appris la véritable identité du Père Noël et tout mon monde édulcoré s’est effondré d’un bloc. Je compris qu’il n’y avait que très peu de pauses dans ce monde agité et que nous vivions tous dans un shaker géant où il fallait se battre en permanence pour ne pas finir broyés.

 

Non, je n’aime plus Noël. Parce que les gens se forcent à être gentils entre eux et ce n’est pas toujours très naturel. Trop de pression. Pour trouver le cadeau idéal, préparer le repas idéal, trouver la tenue idéale… Et on se bouscule dans les rayons surchargés et dégoulinant de ce luxe temporaire que l’on se doit d’exposer dans nos assiettes, avant qu’il n’explose notre foie. Les mets luxueux sont difficilement digestes pour la populasse. Manque d’entraînement.

 

Et afin d’être un parent parfait, il faut acheter un grand sapin, un vrai, se débrouiller pour le faire rentrer dans sa voiture, aller chercher les décorations dans la cave, détortiller la guirlande électrique, passer deux heures à la réparer, parce qu’une des petites loupiotte ne fonctionne plus, acheter le calendrier de l’avant, puis un par enfant, pour éviter les bagarres matinales, puis faire les paquets cadeaux, planqués dans la salle de bain, avec les enfants qui trépignent devant la porte pour aller aux toilettes… Dessiner des bonhommes de neige sur les vitres et devoir passer une matinée entière pour les faire disparaitre, une fois que tout ce cirque sera terminé et qu’une nouvelle année, toute entière, avec son lot de vacances à organiser et d’été à attendre avec impatience, arrivera. Un été qui disparaitra aussi vite que le dernier, sans avoir vu les mois défiler…et on se dira, quand même que c’est dingue à quel vitesse le temps passe et que c’est déjà bientôt Noël…

 

Mais il y a quand même des matins du 25 décembre où les choses ne se passent pas exactement comme ça. On s’étire, on s’étonne des rayons de soleil gracieux qui percent la vitre avec vigueur, on se remémore le réveillon de la veille, où personne ne s’est forcé à être agréable, parce que chaque invité était réjoui par cette réunion familiale. Moi la première, même si ce n’était pas exactement « ma famille », je me suis tout de même trouvée à ma place, sous les regards bienveillants des proches de mon futur mari…

 

Et, à minuit, posé à côté de mes escarpins cirés, je vis soudain un amoncellement de cadeaux au papier brillant et coloré, avec  mon nom écrit en gros dessus. Le Père Noël avait quand même réussi à trouver sa route, à travers les flammes de la cheminée.

 

Dehors, il ne neigeait pas, mais mon homme m’enlaçait avec amour et je crus à cet instant que ma vie serait à jamais ponctuée de ces mêmes joies paisibles et rassurantes. Juste au pied du sapin. J’ai cru que la vie serait aussi douce que cette soirée de Noël…

 

C’est donc le cœur plein et pourtant léger, que je vous souhaite, à chacun de vous, de passer d’inoubliables moments en famille, même si ce n’est pas tout à fait la vôtre, car c’est en leur présence que se trouve la vérité. Joyeux Noël à tous et encore merci de me lire car vous êtes le moteur déclencheur de ma nouvelle vie !

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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 21:21

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Et si le luxe suprême résidait dans des plaisirs aussi simples que de prendre le R.E.R E, en dehors des heures de pointe ?

 

Comme dirait l’autre… « A ma guise ! ».

 

Alors que le train de 8h24 et celui de 17h32 ressemblent à des wagons spécialement affrétés pour le transport de bestiaux… un savoureux sentiment de plénitude se dégage du train de 14h56 en direction de Paris. Des enfants, joyeux de passer leurs vacances en famille, sautillent gaiement entre les sièges miraculeusement vides. Les voyageurs parlent à voix basses, précautionneux de préserver le silence de rigueur à cette heure de la journée. On a de l’espace, on s’étire, on savoure le paysage bétonné qui défile sous nos yeux grands ouverts, loin du regard hagard des matins. Les quais déserts que nous croisons, ne sont ponctués que de quelques bonnets colorés, emmitouflant chaleureusement des mamys tranquilles. Le « Direct matin »,  à moitié froissé dans ma besace simili cuir, me réjouit d'un futur proche positif. Aujourd’hui, je crois en mon horoscope. Il ne pleut plus. Je peux le dire, le voyage est presque agréable.

 

Beaucoup d’émotions ces trois derniers jours. Et trop d’émotions, tuent l’émotion. Après, on pleure et on ne sait même plus pourquoi. On s’énerve. Parce qu’on ne gère plus. J’étais immergée dans le nid. A Toulouse. Mais j’assume. J’étais allée là-bas pour prendre la température du baromètre familial et faire une overdose de chocolats. J’ai fait une overdose de famille et Dukan fait la gueule…

 

Nous avons fêté Noël avant l’heure, autour d’un inimitable foie gras du Sud-ouest. Servit par les mains bienveillantes de ma marraine. Ma bonne fée…

 

Nous avons revu mon père et toute sa famille. Quel apaisement. Je me suis sentie tout d’un coup moins orpheline.

 

Nous avons fait notre ultime adieu à notre mère. Tenant l’urne froide sous une pluie diluvienne. Mon frère, ce génie, avait eu l’idée de prendre un énorme parapluie. C’est lui le cerveau de la famille. Restante. Ma sœur et moi avons des cervelles de moineaux. Plus on prend des coups et plus on pardonne. Nous avons choisi un arbre, amaigri et inconsolable de passer cet hiver sans elle, pour l’aliter une dernière fois. Confettis de triste fête, étreignant le bois mouillé, témoin immobile de trois enfants à tout jamais endeuillés.

Nous ne sommes pas les premiers, ni les derniers.  « Ashes to ashes, dust to dust. »

 

Mais surtout des heures et des heures passées sur la route, avec mon fils tellement heureux de passer du temps en huis-clos avec son futur beau-père et sa maman.

 

Même quand j’en ai marre de rouler. Que je réclame les toilettes tous les cinquante kilomètres, que je mange des bonbons Haribo, pris en sandwich dans des Speculoos et que je m’égosille sur la B.O de « Bodyguard »… Même dans ces moments-là… j’aimerais que la route ne s’arrête jamais.

 

J’aime être une voyageuse. Ni une meneuse, ni une conductrice. J’aime que l’on me transporte, que l’on me guide, que l’on s’occupe de moi. Comme dans ce train de 14h56 qui me fait découvrir la jouissance des bonheurs simples, hors de la lutte, hors du moule, si simples qu’ils consistent à voyager autrement que le nez collé sur les vitres maculées ou sans ressentir une main suintante sur mon fessier, posée par quelques gros vicelards matinaux.

 

Je suis en vacances pendant deux semaines et, si tout va bien, je finirais mon travail mi-janvier. Je jubile.

 

C’est pourquoi je me demande si le luxe suprême, ne résiderait pas dans des plaisirs aussi simples que de prendre le R.E.R E, en dehors des heures de pointe ? Et de se dire qu’à partir d’aujourd’hui, quoi qu’il arrive, mon quotidien va changer ? Et les premiers témoins et confidents de ce changement, qui seront-ils ?

 

Vous, évidemment.

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